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NICOLE BÉRIOU, CHRISTINE GADRAT ET DONATELLA NEBBIAI

Compte-rendu de la séance du 13 février 2007


TABLE-RONDE ET COMMUNICATIONS D’ATTILIO BARTOLI LANGELI



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Réunion du 13 février 2007

Participants : N. Bériou, C. Gadrat, D. Nebbiai, S. Piron, A. Oliva, M. Melot, C. Caby, I. Rava Cordier, A-M. Turcan Verkerk, P. Bertrand, Ph. Bobichon, M. Morard, J. Dalarun,
A.Bartoli Langeli

La bibliographie, préparée par Donatella Nebbiai et Chrtistine Gadrat à l’occasion de la réunion, est d’abord commentée par elles deux.

Christine Gadrat, pour l’IRHT, indique que certains dossiers documentaires relatifs aux livres et bibliothèques des mendiants des couvents français sont déjà repérés, à partir de deux types de fonds :
* Les fonds d’archives. Par exemple, couvents dominicains de femmes (La Thieulloye, à Arras, documenté par les comptes de Mahaut d’Artois) et d’hommes (couvent de Lille fondé par Jeanne de Constantinople et Gautier de Marvis, évêque de Tournai ) ; couvent franciscain d’Auxerre (cf lettre de réclamation de livres par le custode Jean en 1302, publiée entre autres par A. Callebaut, AFH 24, 1931, p.398-402)
* Les fonds de manuscrits, quand on peut déterminer l’appartenance des volumes à tel couvent , voire son usage par tel frère. Par exemple couvent dominicain d’Avignon, à partir du fonds de manuscrit de la bibliothèque municipale dr’Avignon (travail en cours d’Isabelle Rava-Cordier).
Dans certains cas, il est possible de croiser les informations données par des listes (inventaires, surtout des XVIIe-XVIIIe s., et dons) et par les manuscrits subsistants. Pour Paris, documents conservés à la BnF, à l’Arsenal et à la Mazarine, sur les couvents des Dominicains (sur lesquels porte thèse de Madame Guibout-Chagué, Ecole des chartes, 1978), des Carmes (nombreux manuscrits avec des marques de classements anciens), des Grands Augustins (Gilles de Rome leur a donné ses livres), et des Croisiers (couvent parisien lié à ceux de Liège et de Huy, nombreux manuscrits du XVe siècle) ; pour Toulouse, manuscrits dominicains conservés à la bibliothèque municipale et inventaire de 1764 donnant une liste de 126 volumes

Donatella Nebbiai souligne ensuite le tournant représenté par la naissance et le développement des ordres mendiants au regard de la « civilisation du livre » (circulation des manuscrits, bibliothèques privées, bibliothèques d’études collectives), et propose une périodisation en trois temps

Le XIIIe siècle, période de formation des fonds résultant de l’intérêt immédiatement manifesté dans les couvents pour les livres
La fin du XIIIe et le XIVe siècle, période de l’essor des collections, et de l’élaboration des normes de catalogage
La fin du XIVe et le XVe siècle, temps de l’humanisme (fusion des valeurs intellectuelles et spirituelles, succès du De vita solitaria de Pétrarque dans les bibliothèques franciscaines italiennes) et des bibliothèques publiques (par exemple à Cesena où les Malatesta implantent une bibliothèque dans le couvent franciscain). Les frères s’engagent activement, comme Jacques de la Marche qui se fait écrire un règlement par Pie II pour la bibliothèque fondée par lui dans le couvent de Monteprandone, à laquelle il lègue ses propres livres. Ils participent aussi à la production de livres imrimés : ainsi les frères prêcheurs à San Jacopo a Ripoli (faubourg de Florence), où leur couvent est le siège d’une imprimerie

Elle énumère enfin les deux séries de questions qui résultent de ce premier tour d’horizon (voir aussi, sur ce point, la partie thématique de la bibliographie) :
d’une part, au sujet des rapports entre les livres et les frères : acquisitions (le moment crucial de la mort est, en principe, celui du retour des livres détenus par les frères à leur couvent), accès (gestion des collections, outils d’information comme le Registrum Anglie, ou comme à Gubbio, l’index librorum, grand placard sur lequel figure l’inventaire succinct des livres indiquant qui en a emprunté et lesquels ont été rendus - cf Scriptorium, 2005), usage et attribution (ou interdictions d’usage : par exemple, à Santa Croce, les livres de Pierre de Jean Olieu)
d’autre part, au sujet de l’identité du livre mendiant : format, type d’écriture ; liens avec la production locale (artisans et copistes ; enlumineurs) ; usages ; modes et lieux de conservation. Le témoignage des calalogues classés est à considérer. Parmi les catégories à retenir : libri da banco ; livres liturgiques ; livres d’étude, usuels...
La parole est donnée à Attilio Bartoli Langeli est professeur de paléographie et diplomatique (universités de Perouse, Venise, Padoue et actuellement à l’Antonianum de Rome), membre du Comité international de paléographie latine, président de la Deputazione di storia patria per l’Umbria, spécialiste d’études franciscaines - parmi ses travaux dans ce domaine, on signalera notamment l’édition des autographes de François d’Assise (Brepols, 2001).
Il présente ici les recherches récemment menées en Italie sur les thèmes des autographes franciscains et de la production de manuscrits dans les couvents de femmes. Le premier volet est dédié à Matteo d’Acquasparta, théologien et savant franciscain (travaux d’Enrico Menesto et de Francesca Grauso), le second, au scriptorium de Monteluce.

Attilio Bartoli Langeli, professeur de paléographie et diplomatique (universités de Perouse, Venise, Padoue et actuellement à l’Antonianum de Rome), membre du Comité international de paléographie latine, président de la Deputazione di storia patria per l’Umbria, spécialiste d’études franciscaines, parmi ses travaux dans ce domaine, signaler l’édition des autographes de François d’Assise (Brepols, 2001).
Il présente les recherches récemment menées en Italie sur les thèmes des autographes franciscains et de la production de manuscrits dans les couvents de femmes. Le premier volet est dédié à Matteo d’Acquasparta, théologien et savant franciscain (travaux d’Enrico Menesto et de Francesca Grauso).

Le legs de Matteo d’Acquasparta

En 1287, à Assise, le franciscain Matteo d’Acquasparta donne ses livres aux couvents d’Assise et de S. Fortunato (Todi). La charte contenant l’acte de donation, qui était jadis conservée à l’Archive capitulaire de Todi, ne s’y trouve plus aujourd’hui. Sans doute est-elle actuellement dans les documents du père archiviste, don Mario Pericoli, décédé il y a huit ans, mais l’accès à ces documents est actuellement impossible pour des raisons de succession. C’est Mario Pericoli qui a découvert le document en 1950 et qui en a fourni la reproduction a Enrico Menestò. Celui-ci l’a utilisée pour publier le document à deux reprises. Une première fois, dans une étude parue dans le cadre du catalogue des expositions franciscaines organisées en Ombrie en 1981 (voir la bibliographie), puis, une deuxième fois, en 1993, dans le volume des actes du colloque de Todi dédié à Matteo d’Acquasparta. A défaut de l’original, ces deux études offrent le seul témoignage de ce document dont nous disposions. La reproduction utilmisée par Menesto’ ne concerne que le recto ; on ne peut donc voir si la charte comportait éventuellement des notes dorsales.

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Un document “sans histoire”

Selon la tradition, Matteo serait issu de la famille de Todi Bentivenga. Son frère était Bentivenga de Bentivenga, ancien évêque de Todi, cardinal-évêque d’Albano. On a conservé son testament, établi en juin 1286 et publié par Agostino Paravicini Bagliani. Bentivenga lègue alors au couvent de S. Fortunato tous les livres qu’il a acquis, sauf un exemplaire des Décretales. Il dispose en revanche que les livres qui lui ont été attribués par la province franciscaine retournent au chapitre provincial, donc à Assise : “Item volumus quod omnes libri nostri, quos emimus, preter Decretales, dentur conventui fratrum minorum de Sancto Fortunato Tudertino. Libri vero quos a provincia sancti habuimus provinciali capitulo resignentur”. La destination des livres n’a pas forcément suivi à le lettre ces dispositions. Matteo, qui était l’exécuteur du testament de Bentivenga, a gardé quelques manuscrits par devers lui. En effet, l’inventaire des objets mobiliers de l’église et de la sacristie de S. Fortunato (ms. Todi 184) qui relate le legs de Bentivenga, fait référence aux livres gardés par Matteo après la mort de son frère, ainsi qu’aux objets qu’il avait donnés au couvent avant d’être élu cardinal. Il n’y a en revanche aucune trace du don des livres. Il n’y en a pas de trace non plus dans le plus ancien inventaire de manuscrits du couvent de S. Fortunato, qui date de la fin du XIIIe ou du début du XIVe siècle (ms. Todi 185). Quant à Giovanni di Iolo, bibliothécaire du couvent d’Assise et rédacteur du catalogue de 1381, il ne fait, lui non plus, aucune référence au legs de Matteo (l’épisode n’est d’ailleurs pas cité dans l’étude du père Cenci, 1982). Seule en fait état, dans ce document, la notice du ms. Assise 167, où figure un ex-libris de Matteo.

Le document est visiblement organisé en deux parties. Il s’ouvre par les formules de donation et la liste de témoins (lecteurs et « consulentes »). Les trois quart de l’espace total sont dédiés à la liste de manuscrits donnés, sur deux colonnes : à gauche ceux qui sont destinés au couvent de Todi, à droite ceux pour le couvent d’Assise. On constate deux anomalies dans ce document : il n’est pas souscrit par un notaire et la date se limite à l’indication de l’année, 1287. Il s’agit probablement d’un écrit à usage interne.
Pour ce qui concerne la date, Menestò a émis l’hypothèse que l’acte a été établi au cours des trois premiers mois de l’année puisqu’il est fait mention, dans la licentia donandi, du pape Honrius IV, mort justement 3 avril 1287. La donation est certainement antérieure à l’élection de Matteo, alors lector generalis au Studium Curiae, au généralat de l’ordre, cette élection, survenue formellement le 24 mai 1287, ayant probablement déjà été annoncée. La raison de ce don fut probablement que Matteo, devenu ministre, n’avait plus le temps de poursuivre ses études ; il n’avait donc plus besoin de livres. Détaché de la Province de Saint François, il lui rend donc les livres qu’il en avait reçu.
En effet le don est présenté comme une restitution, conformément au concept franciscain de propriété, qui n’est qu’une concession en usufruit. Matteo dit de manière explicite que les livres dont il dispose lui ont été concédés en usage. Ses livres appartiennent à l’ordre et précisement à la Province, qui a “financé” son séjour à Paris, en lui accordant les livres et l’ “aumône” pour en acheter d’autres. De ce point de vue, si les conditions du retour et du partage des livres entre Todi et Assise avaient été clairement énoncées dans le legs de Bentivenga, il n’en est pas de même dans la donation de Matteo, qui demeure ambiguë. Lui aussi, sans doute, a-t-il choisi d’attribuer ses propres livres au couvent de Todi et de rendre à ceux qui lui ont été concédés par la Province à la bibliothèque d’Assise ?
Quoi qu’il en soit, au terme de son expérience en tant que ministre général, Matteo a dû recommencer à dévorer des livres.

Le “scriptorium” de Monteluce

Le deuxième exemple présenté est celui des Clarisses de Monteluce (Pérouse). Loin d’être exceptionnelle, l’activité de copier des livres est normale chez les moniales. La base de données UniCas « Femmes et culture écrite au moyen âge » recense 203 noms de femmes copistes dont 90% sont des religieuses. Ce pourcentage n’est plus que de 75 % au 15e siècle.
Les cas de Monteluce et de S. Lucia di Foligno sont particulièrement notables. Partie du couvent de Foligno, la réforme de l’observance parvient en 1448 à Monteluce et se diffuse ensuite de là dans toute l’Italie centrale (cf. Augusto Fantozzi, “La riforma osservante dei monasteri delle clarisse nell’Italia centrale”, AFH 1930).
Les manuscrits du couvent de Monteluce ont déjà été étudiés par Ernesto Monaci (« Volgarizzamento della regola di S. Chiara »), par I. Baldelli (dans Archivio italiano di storia della pietà, 1951) et par U. Nicolini, « I Minori osservanti di Monteripido e lo scriptorium delle clarisse di Monteluce », 1971 Voir aussi le Memoriale di Monteluce I (1448-1838), ed. 1983

Le Memoriale du couvent rappelle quelques noms de moniales cultivées : Cecilia Coppoli, qui savait le latin et le grec, Eufemia de Battista de Città di Castello (†1465), qui possédait plusieurs livres en langue vernaculaire écrits de sa main (la quale più libri haveva vulgariçati e scripti de sua mano per lo monasterio). Eufrasia, fille de ser Roberto de Meo de Gaiche, a composé le ms. Pérouse1086 (el libro de li quatro evangelisti). Sont encore citées Caterina de Stefano Guarneri da Osimo, l’abbesse Eufrasia Alfani, († 1489) qui commence la rédaction du Memoriale en 1488. Felicita de Bertoldo Vanoli a copié les mss. Pérouse 1019 (écrits de saint Bernard et de Caterina da Bologna), 1105 (Dialogo de Grégoire le Grand), 1087 (Grégoire le Grand, Libro delle omelie, 1507). Maria de Bartolomeo de Pérouse est définie comme « docte dans les lettres et l’écriture » (docta de lectere et de scrivere). Modesta Tezi savait écrire en lettre de forme (citation). Battista Alfani ((†1523) participe à la rédaction du Memoriale.

Leur production est en langue vernaculaire, mais il s’agit de traductions (« volgarizzamenti »).
Il en est ainsi du Volgarizzamento de la Règle des sœurs de sainte Claire (E. Monaci) et de celui du procès de canonisation de sainte Claire (XV ex.), venant du monastère de S. Chiara Novella, Florence. Autres « Volgarizzamenti », ceux du traité de l’indulgence. de la Portioncule de Francesco Bartoli, par sœur Battista Alfani (1523) et de la Legenda maior. A noter enfin une version sui generis, du dialecte sicilien au dialecte ombrien, réalisée par sœur Jacoba da Polichino. L’actuel manuscrit Pérouse 1108 contient sa Legenda delle beata Eustochia da Messina († 1485), copié en 1510 par sœur Felicita de Pérouse comme en témoigne le colophon (“ fornito adi...per me sora Felicita da Peroscia indigna sora de sancta Chiara”).

Les auteurs de ces « volgarizzamenti » sont les frères observants du couvent de Monteripido. En témoigne le colophon d’un manuscrit conservé à Naples, qui attribue la traduction de la règle de sainte Claire à frère Evangéliste de Pérouse (« Explicit regula beate Clare vulgarizata per venerabilem in †to patrem et fratrem Evangelistam de Perusio o. min. de observantia”). Le Memoriale rappelle, quant à lui que sœur Battista Alfani écrivait beaucoup, selon ce que lui ordonnaient les pères généraux, qui lui apportaient beaucoup de livres (« la qual cosa li fo comandata da li reverendi padri generali, che li arrechavano li ditti libri »).

Sont présentés deux exemples d’œuvres de frères copiés par les moniales : la Franceschina, ou Miroir de l’ordre des Mineurs, et le Livre de la vie de frère Gabriel de Pérouse.
La Franceschina.

La Franceschina, œuvre de Giacomo Oddi (éd. Cavanna 1931) a fait l’objet d’une étude récente par Giovanna Pasqualin Traversa, La minoritas francescana nell’interpretazione della Franceschina, 1995. On a conservé quatre manuscrits décorés de vignettes : le prototype est celui de Pérouse, 1238, provenant du couvent de Monteripido, avec quarante-cinq vignettes. Il y a ensuite le manuscrit de la Portioncule d’Assise, réalisé à S. Maria degli Angeli en 1474 (avec 152 vignettes), le manuscrit de Norcia, copié au couvent de l’Annonciade en 1480, avec 8 vignettes et enfin celui de S. Erminio de Monteluce (Pérouse), avec 41 vignettes.

Ci-dessous : reproduction de l’une des vignettes du manuscrit de Perugia.

La vie de Gabriele de Pérouse.

La copie de ce manuscrit, écrit en 1514 par sœurs Orsolina, Eustochia, Eufrasie et Marie (Perugia, Biblioteca comunale Augusta 993 e 1074) a été dirigée par l’auteur lui-même, Gabriele de Pérouse.
Les écritures de ces manuscrits peuvent être définies, reprenant les termes d’Armando Petrucci, comme des gothiques « arretrate » (attardées) ; cf. Armando Petrucci, « Il libro manoscritto », dans Letteratura italiana. Produzione e consumo, Torino (Einaudi), 1983, p. 499-524.

Ci-dessus : Une page du manuscrit de Monteluce

En conclusion de son exposé, Attilio Bartoli Langeli fait référence à un autre manuscrit produit dans ce milieu. Il s’agit de l’exemplaire de la Légende de la bienheureuse Eustochia Calafato de Messine, abbesse de Montevergine (Messine, 1434-1485). L’œuvre, composée par l’abbesse qui lui succéda à la tête du monastère fut envoyée à Monteluce et ici copiée (voir la présentation et l’état de la bibliographie dans son étude Gli autografi di frate Francesco e di frate Leone, Turnhout (Brepols), 2000, p. 104-130 et planches XII-XXVI.

En conclusion de son exposé, Attilio Bartoli Langeli fait référence à un autre manuscrit produit dans ce milieu. Il s’agit de l’exemplaire de la Légende de la bienheureuse Eustochia Calafato de Messine, abbesse de Montevergine (Messine, 1434-1485). L’œuvre, composée par l’abbesse qui lui succéda à la tête du monastère fut envoyée à Monteluce et ici copiée (voir la présentation et l’état de la bibliographie dans son étude Gli autografi di frate Francesco e di frate Leone, Turnhout (Brepols), 2000, p. 104-130 et planches XII-XXVI.

Discussion et tour de table

L’échange de vues qui suit cette présentation par A. Bartoli Langeli fait valoir l’intérêt des recherches sur les objets matériels que sont les livres manuscrits (il y a une « observance paléographique ») et le nécessité de prendre en compte le passage très progressif à l’imprimé (l’objet mixte imprimé / manuscrit dure longtemps). M Melot dit tout son intérêt pour l’amorce des travaux du groupe qu’il voit se dessiner. Ce qu’il a entendu invite, à son avis, à faire remonter la « matrice bibliothécaire », située par Damien au temps de Machiavel, jusqu’aux XIIe-XIIIe siècles. Outre la trace d’une réglementation des emprunts, il retient l’éclairage qu’on doit pouvoir apporter sur le rôle des femmes et sur le contexte de l’humanisme. Et davantage encore, le sujet qui mérite approfondissement lui paraît être la mobilité des livres, leurs voyages, qui rappellent des phénomènes semblables concernant les retables portatifs, en relation avec la question connexe du commerce intellectuel.
L’étude des livres invite aussi à considérer les normes de vie à l’intérieur des communautés où ils sont produits (la copie est pratiquée en tant que travail manuel ; la production d ‘œuvres personnelles peut être forte, par exemple chez Caterina Vigri), et l’impact du courant observant, chez les hommes et chez les femmes (les travaux sur ce point sont en plein développement : cf rencontres de 2006-2007 sur humanisme et vie religieuse monastique en Ombrie, et sur les Scritture di donne). A-M. Turcan Verkerk suggère que les pratiques féminines de la fin du Moyen Âge en matière de production et d’usage des livres soient confrontées à ce que l’on sait plus sporadiquement pour d’autres périodes (moniales de Chelles au VIIIe siècle, et chanoinesses d’Arnstein au XIIe siècle par exemple).
Concernant les inventaires, on rappelle que les conditions de leur production doivent être impérativement éclairées. On observe enfin à quel point l’information fournie par une documentation tardive comme l’Index de 1600 (équipe dirigée par R Rusconi, travaillant sur l’Indice dei libri proibiti) peut être précieuse.
Il convient d’associer l’étude des productions d’œuvres par les frères et celle des bibliothèques de leurs couvents. Par exemple, Ph. Bobichon s’interroge, à partir de l’étude des controverses des frères avec les juifs, et en particulier du Pugio Fidei de R. Marti, sur la bibliothèque utilisée par ce frère. Les catalogues et inventaires de bibliothèques sont parfois muets sur certains courants de circulation des œuvres. Pour le livre de Marco Polo par exemple, Ch. Gadrat a constaté son usage, par les dominicains de la province de Lombardie inférieure, dans leurs manuels et dans leurs sermons, dans la première moitié du XIVe siècle, alors que le texte n’est pas mentionné dans les inventaires ni présent, en tant que tel dans les manuscrits en provenance de leurs bibliothèques. Il faut aussi considérer, rappelle J. Dalarun, le cas des livres détruits (le plus fameux : Legenda de Thomas de Celano sur saint François, après la rédaction de la Legenda maior par Bonaventure), et, ajoute S. Piron, celui des bibliothèques disparues, à la suite de confiscations, de procédures inquisitoriales... ou encore celui des bibliothèques clandestines (Tedaldo della Casa en a une dans sa cellule).
Mais il ne faudrait pas négliger d’ouvrir la recherche en considérant d’un même mouvement, selon la suggestion de C. Caby, « les frères et les autres », et de même, être attentifs aux livres « des autres » reçus et utilisés dans les couvents mendiants. En arrirère-plan se desine ici la question des brassages intellectuels.

Ressources :
Adriano Oliva signale les ressources du Museo Civico de Bologne, et Martin Morard, celles de la biblothèque de Toulouse, où on dispose aussi d’un inventaire du XVIIIe, mais il s’interroge sur ce que sont devenus après la Révolution les livres des Dominicains qui n’y sont plus. Cécile Caby y ajoute la suggestion de s’intéresser à Venise,qui a entre autres initié le mouvement de diffusion des Vies de sainte Catherine de Sienne, et Rome, où s’illustrèrent aussi les Augustins au XVe siècle. Paul Bertrand confirme l’intérêt que présenterait une recherche sur les Croisiers au temps de l’observance (nombreux Miscellanea conservés, investissement des frères dans la production imprimée, attestations de diffusion de livres à partir de la Flandre). J. Dalarun et A. Oliva se rejoignent dans la recommandation de travaux sur les livres liturgiques (dont les bréviaires).

Travaux en cours :
Parmi les travaux en cours des chercheurs présents, on retiendra ceux de Ch. Gadrat sur le Memoriale de Galgani et, en collaboration avec P. Bertrand, sur les Dominicains du couvent de Rodez. Martin Morard inclut dans sa recherche sur le psautier et ses usages dans le monde médiéval la question particulière relative à la place du psautier dans les catalogues et les bibliothèques. A. Oliva prépare le catalogue des manuscrits de la Minerve. I. Rava-Cordier, outre l’intérêt qu’elle porte aux vestiges de la bibliothèque du couvent dominicain d’Avignon dans le fonds manuscrit de la bibliothèque municipale de cette ville, évoque un projet de recherche sur les manuscrits des frères Sachets conservés dans le fonds des Grands Augustins à Paris. J. Dalarun, en collaboration avec P. Zinelli, poursuit ses recherches sur les clarisses de Santa Lucia.
Autres travaux en cours signalés :

-  Peter de Riemans, article à paraître dans AHDLMA sur le mode de production des livres par pecia, à Paris, en lien avec le couvent de S Jacques, à propos des ms. des œuvres d’Aristote ;

-  Mme Neslihan Şenočak (Famagouste, Eastern Mediterranean University), sur l’utilisation des livres dans l’école franciscaine (catalogues ,inventaires, circulation des livres)

-  Mme Concetta Bianchi à Florence (séminaires sur les livres des ordres religieux)

-  Mme Denise Bouthillier, travaux sur la localisation et les caractéristiques des ms. des œuvres de Thomas d’Aquin (Codices manuscripti operum S. Thomae) : les catalogues recourent au classement alphabétique par lieux de conservation (le t. IV, en préparation, prend en compte les noms de bibliothèques entre « Paris » et « Vatican », le t.V concernera le Vatican, le suivant Vienne et d’autres bibliothèques encore). ;
Travaux collectifs : principalement, à Paris, à l’IRHT, la base de données relative aux manuscrits, en cours, intègre l’information sur leurs possesseurs, les commandes, les copies, les inventaires ; la base Budé (fin du MA et XVIe s.) s’attache à l’histoire de la transmission des textes ; et à Florence, RICABIM.

 

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