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LES FRÈRES ET LES SœURS MENDIANTS ET LEURS LIVRES

Compte-rendu de la séance du 22 juin 2007



Les frères et les sœurs mendiants et leurs livres


Réunion du 22 juin 2007

Le groupe de recherche « Les frères et les sœurs mendiants et leurs livres » (coorganisé par le GDR Salve et l’IRHT-UPR 841) s’est réuni le 22 juin 2007 à l’Institut de recherche et d’histoire des textes. La matinée était consacrée aux bases de données en cours ou prévues portant sur les livres et les bibliothèques des ordres mendiants ou en relation avec elles. L’après-midi Nicoletta Giové (Université de Padoue) nous a présenté un exposé sur « Le manuscrit franciscain ».

Dans la première communication, M-E. BOUTROUE (section de l’humanisme, IRHT, contact : marie-elisabeth.boutroue@irht.cnrs.fr) a présenté la base BUDÉ. Outil généraliste à vocation encyclopédique, cette base est capable de gérer aussi bien des informations textuelles qu’iconographiques. Elle a pour objectif de rassembler les informations dispersées dans les fichiers manuels, à l’IRHT ou ailleurs, portant sur l’humanisme européen dans son ensemble. BUDÉ permet de croiser les données recueillies et de constituer une sorte de carte d’identité des humanistes, de leur cercle de relations intellectuelles et personnelles ainsi que de leurs productions littéraires et philologiques. La période chronologique couverte s’étend du xive au xviie siècle, ou, pour reprendre les termes qui définissent la section de l’humanisme, de Pétrarque à Peiresc. Fondée à l’origine sur la documentation de cette section, la base a pour vocation de s’ouvrir à d’autres programmes de recherche et à d’autres fonds documentaires intéressant la Renaissance au sens large. Ainsi, à titre d’exemple, la base intègre la documentation rassemblée dans le fichier Lesellier (prosopographie des ecclésiastiques présents à Rome aux xve et xvie siècles) et dans le fonds de la chancellerie (IRHT, Orléans). Elle est aussi tout naturellement ouverte à la documentation concernant l’histoire des bibliothèques, qui constituent un élément essentiel de la formation et des carrières des gens de lettres et des savants. De plus, elle inventorie les écritures des humanistes et se propose à terme d’aider à leur identification (cf. Marie-Élisabeth Boutroue, « Vers une documentation sur l’écriture des humanistes », dans Le manuscrit dans tous ses états, cycle thématique 2005-2006 de l’IRHT, S. Fellous, C. Heid, M.-H. Jullien, T. Buquet, éds., Paris, IRHT, 2006 (Ædilis, Actes, 12) [En ligne] http://aedilis.irht.cnrs.fr/manuscrit/ecritures-humanistes.htm).
D’ores et déjà, la base BUDÉ est en relation étroite avec les autres équipes du consortium « Europa Humanistica » et s’articulera avec des projets en cours, comme « Tradlat » (répertoire de traduction latines de textes en langue vernaculaire, IRHT), comme les « Bibliothèques virtuelles humanistes » (BVH) mené par le CESR de Tours qui a déjà numérisé et décrit environ deux cents ouvrages anciens majoritairement conservés dans les bibliothèques de la région Centre et en accueillera deux mille à échéance du programme.
D’importants remaniements techniques permettront la consultation en ligne et la gestion du multilinguisme (français, italien, espagnol, allemand, néerlandais, anglais, latin), offrant ainsi un accès international plus aisé. Les diverses équipes impliquées dans le projet ont évidemment en permanence la possibilité d’ajouter ou de modifier les informations. La base est construite avec le logiciel de gestion de base de données Mysql/PHP. Elle respecte les normes de description des manuscrits et des imprimés anciens en vigueur et fonctionne exclusivement avec des logiciels libres. La base est accessible à l’adresse http://web_bude.irht.cnrs.fr et depuis le site de l’IRHT http://www.irht.cnrs.fr, pour les renseignements, le manuel d’accès et les normes d’utilisation ; voir aussi la présentation dans http://aedilis.irht.cnrs.fr/manuscrit/base-bude.htm.

Adriano OLIVA (section latine, IRHT et Commission léonine) a présenté la base de la « Commissio leonina » actuellement en cours de préparation. Rassemblant les données sur la transmission de l’œuvre de Thomas d’Aquin, cette base répertorie les manuscrits conservés (principalement des xiiie et xive siècles), les auteurs médiévaux qui sont associés au théologien dans les manuscrits, les lieux de copie, les possesseurs anciens et modernes. Des reproductions complètes des manuscrits sont également disponibles. La base est issue des recherches effectuées par la Commission léonine depuis 1952. Au-delà des bibliothèques publiques, elle couvre les fonds de nombreux petits couvents d’Europe, notamment d’Italie et d’Espagne. Les fiches sont au nombre d’environ 4000. La base a été créée en relation avec le programme de catalogage des manuscrits de Thomas d’Aquin. Après parution du t. IV du catalogue, décrivant les manuscrits conservés à Prague et au Vatican, elle pourrait remplacer l’édition papier. (Contact : aoliva@commissio-leonina.org).

Anne-Marie TURCAN-VERKERK (section de codicologie et section latine, IRHT, contact : anne-marie-turcan@irht.cnrs.fr ) présente le projet « Les bibliothèques, matrices et représentations des identités de la France médiévale. Biblifram » de la section de codicologie. A partir du recensement et de l’étude de toute la documentation disponible sur les bibliothèques médiévales entre le viiie et le xixe siècle ainsi que par l’approfondissement de dossiers particuliers, on se propose de montrer dans quelle mesure la constitution des bibliothèques et la rédaction de leurs catalogues ou inventaires ont contribué à des constructions identitaires : construction idéologique et unification de réseaux institutionnels, apparition et définition de nouveaux modèles culturels et de nouvelles pratiques de lecture et de transmission du livre. Sont associés au projet la BNF, l’EPHE, la Bibliothèque de l’Agglomération Troyenne, l’UMR 5648 de Lyon et la Bibliothèque royale de Belgique. Il s’articule en trois volets.
Le premier, généraliste, est le programme même de la section de Codicologie, auquel s’associent tous les partenaires ainsi que des collaborateurs extérieurs. Il s’agit de répertorier et analyser les listes anciennes de manuscrits ayant appartenu à des bibliothèques médiévales de France (projet BMF) dans une publication imprimée et dans une base de données en ligne. Ces sources pourraient faire l’objet d’un corpus photographique (reproductions numériques) et textuel. Ce dernier, mis en ligne gratuitement, comporte la numérisation et saisie XML des éditions tombées dans le domaine public mais aussi de transcriptions originales. On remplace progressivement les éditions anciennes par des éditions critiques électroniques en ligne (sur le modèle du projet « Sanderus electronicus » de L. Reynhout, Bibliothèque royale de Belgique).
Le deuxième volet concerne la constitution et la diffusion de modèles bibliothéconomiques ou de textes choisis par des ordres religieux qui, au Moyen Age, ont été à l’origine de nouveautés majeures dans le domaine de l’histoire du livre. Il s’agit des Cisterciens et des Mendiants. Les premiers ont déjà fait l’objet de recherches approfondies. Deux grandes bibliothèques de l’ordre seront spécialement étudiées : Clairvaux (suite du catalogage des manuscrits conservés à Troyes, IRHT et bibliothèque virtuelle, programme de la Bibliothèque de l’Agglomération Troyenne) et Cîteaux (éditions des catalogues anciens, projet BNF). Les deuxièmes, pour lesquels la documentation française est mal connue, forment un domaine de recherche très prometteur. On rappelle que le présent séminaire a pour objet d’aider à dégager les thèmes de réflexion les plus porteurs et les dossiers prioritaires de recherche.
Le troisième volet se propose de remonter aux sources de grands modèles culturels de la France moderne. Il devrait fédérer quelques « chantiers » prévus ou déjà en cours de réalisation à l’IRHT ou chez ses partenaires : les bibliothèques des collèges et des universités et en particulier la Sorbonne (projet EPHE, ive section), la bibliothèque royale, à travers la reconstitution virtuelle et le catalogage de la première librairie des rois de France Charles V et Charles VI (projet BNF et IRHT), les collections des humanistes et des bibliophiles en rapport avec la bibliothèque royale et les cercles érudits (xive-xviiie s., projet IRHT, section d’Humanisme et de Codicologie et BNF).
NB. Présenté pour financement à l’ANR en 2007, ce projet n’a pas été retenu. Cependant la réalisation de quelques-uns des dossiers annoncés paraît possible dans les années à venir. Les partenariats noués lors de son élaboration permettent d’envisager dès à présent une meilleure coordination des programmes en cours. Dans cette perspective, Anne-Marie Turcan a créé à l’IRHT le séminaire « Histoire des bibliothèques anciennes » (programme : http://www.ecole-erudition-org/bibliotheques-anciennes).
A signaler que, depuis la rédaction de ce compte-rendu, le projet « Biblifram », a été représenté ; il a été retenu par l’ANR et sera financé pour quatre ans, à partir de la fin 2008.
Au nombre des partenaires de l’IRHT, la SISMEL (Florence, Italie) a en cours, depuis plusieurs années, un programme analogue à celui de la section pour le recensement des documents concernant l’histoire du livre et des bibliothèques médiévales d’Europe (Projet Ricabim : Repertorio degli inventari e dei cataloghi delle biblioteche medievali ». Le 14 décembre 2006, deux de ses membres, Paola Massalin et Giovanni Fiesoli, en avaient fait une présentation à l’IRHT (actes sur http://aedilis.irht.cnrs.fr/bibliotheques/).
A.-M. Turcan-Verkerk évoque les collaborations possibles entre les deux équipes et met en évidence les spécificités du projet italien par rapport à celui de l’IRHT. Il s’agit en particulier des choix de périodisation (les collègues italiens ne retiennent que les documents jusqu’en 1520, alors que le projet français inclut les témoignages de l’époque moderne et contemporaine), du cadre géographique (le projet italien prévoit de recenser les documents de toute l’Europe, alors que le projet français se limite au cadre national), du corpus à retenir (le projet italien retient en priorité les documents déjà publiés, alors que le projet français s’étend aux documents inédits). Quant aux étapes de la réalisation, le projet italien prévoit de se limiter, en un premier temps, à une édition revue et corrigée du répertoire de Th. Gottlieb (paru en 1890, 1391 notices d’inventaires). Nos collègues comptent également réaliser un répertoire approfondi et critique des documents concernant la Toscane.

Dans la séance de l’après-midi, Nicoletta GIOVÉ, professeur à l’Université de Padoue (pour la biographie et les publications cf. http://scrineum.unipv.it/aipd/soci/giove.htm) a présenté une conférence en italien sur « Le manuscrit franciscain ». Selon la tradition, les franciscains ont préféré les livres d’aspect modeste, au décor et à l’écriture peu soignés, contenant des mélanges, voire des extraits. Font exception les manuscrits liturgiques qui sont luxueux et solennels car destinés à l’ornamentum du service divin. Au-delà de cette observation, il apparaît que les manuscrits franciscains, loin de se conformer à un modèle dominant, offrent une vaste palette de typologies, qui s’expliquent en tenant compte des lieux de production et de leur destination.
Empruntés principalement aux grandes bibliothèques franciscaines du Sacro Convento (Assise) et du Santo de Padoue, les exemples étudiés illustrent les choix de l’ordre tout en révélant la complexité des enjeux historiques et culturels qu’il a été appelé à relever. Sont examinés des bibles, des recueils de sermons, des mélanges composés à usage personnel par les frères pour l’étude et la prédication ainsi que des manuscrits commandés par des laïcs liés aux couvents. Une attention particulière est dédiée à la production en langue vernaculaire.
On reproduit ci-dessous le texte intégral en italien de la conférence, la liste des manuscrits cités et les orientations bibliographiques.

 

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